Clair.

Vider sa tête · 1 sur 3

Vider sa tête : la méthode du brain dump, et comment s'y tenir

Par Mathys Cassagne · 4 min de lecture · Mis à jour le

Faire un brain dump, c'est écrire d'un trait tout ce qui te passe par la tête, sans trier. Les tâches, les idées et les soucis vont sur la même page, et tu décides ensuite, au calme, de ce que tu en fais.

Sommaire

La méthode en cinq étapes

  1. Écris toujours au même endroit. Un carnet ou une app, peu importe, mais un seul : avec trois carnets et deux apps, tu passes ton temps à te demander où tu as noté quoi.
  2. Pendant une dizaine de minutes, écris sans t'arrêter tout ce qui te passe par la tête : la relance à envoyer, le plein à faire, l'idée que tu as eue sous la douche, le truc qui t'inquiète pour jeudi. Dans le désordre, et sans te demander si ça vaut la peine d'être noté.
  3. Quand ça ralentit, relance-toi avec une question. Qu'est-ce que j'ai promis à quelqu'un ? Qu'est-ce que j'attends de quelqu'un d'autre ? Quand plus rien ne vient, arrête.
  4. Trie la page juste après, ou au moins le jour même (on y revient plus bas).
  5. Une fois par semaine, relis les notes que tu as gardées et les actions pas encore faites. Sans le tri et la relecture, ça soulage sur le moment, puis les mêmes pensées reviennent.

Pourquoi ta tête ne se vide pas toute seule ?

Parce qu'une chose à faire, tant que tu n'as pas décidé quand la faire, continue de te revenir en tête. Et chaque fois qu'elle revient, elle prend de la place dans ta mémoire de travail, qui n'en a pas beaucoup.

Masicampo et Baumeister l'ont mesuré en 2011. Ils faisaient penser des participants à un objectif pas encore atteint, puis leur donnaient à lire un texte sans rapport. Pendant la lecture, ils avaient plus de pensées parasites que ceux qui n'y avaient pas pensé, et ils réussissaient moins bien une autre tâche.

La mémoire de travail, c'est celle qui te permet de garder une info en tête le temps de t'en servir. D'après le psychologue Nelson Cowan, elle tient environ quatre éléments à la fois. Écrire une chose pour ne plus avoir à la retenir, c'est ce que les chercheurs Evan Risko et Sam Gilbert appellent le délestage cognitif.

Tu as peut-être lu que tout ça venait de l'effet Zeigarnik, selon lequel on retiendrait mieux les tâches interrompues que les tâches terminées. Sauf que l'expérience de Bluma Zeigarnik (1927) s'est révélée difficile à reproduire, et qu'une méta-analyse publiée en 2025 ne montre pas qu'on retienne mieux les tâches inachevées. Elle confirme par contre l'effet Ovsiankina : l'envie de reprendre une tâche interrompue, même quand on est passé à autre chose.

Est-ce qu'écrire ses pensées change quelque chose ?

Un peu, et surtout quand tu en tires une décision. Personne n'a étudié le brain dump tel quel, mais on a des résultats sur des pratiques proches.

Pour l'écriture expressive, où l'on raconte ce qu'on a vécu et ressenti, une méta-analyse de 146 études randomisées conclut à un effet positif, mais modeste.

Masicampo et Baumeister ont obtenu un deuxième résultat, plus parlant. Les pensées parasites disparaissaient dès que les participants avaient prévu précisément quand et comment avancer sur leur objectif, même sans l'avoir encore atteint. C'est pour ça que l'étape 4 compte autant que l'écriture : trier, c'est décider quand tu t'occupes de chaque ligne.

Combien de temps, et à quel moment ?

Dix minutes, c'est assez. En journée, fais-le quand tu sens que tu t'éparpilles : en arrivant le matin, avant une réunion, ou quand tu passes d'une tâche à l'autre sans rien finir.

Le soir, pour faire le vide avant de dormir, cinq minutes suffisent, mais la consigne change. Je l'explique dans le guide pour vider sa tête avant de dormir.

Pourquoi on finit par lâcher, et comment tenir

Avant de créer Clair, je me suis vidé la tête sur papier pendant deux ans. Je me retrouvais avec des notes dans tous les sens, et je pense en avoir perdu beaucoup.

Le téléphone ne règle pas tout non plus. Dans l'app Notes, si tu ne ranges pas, la liste s'allonge et tu ne retrouves plus rien. Notion et Obsidian t'obligent à tout classer à la main. Et une app de tâches n'a pas de place pour une idée qui n'est pas encore une tâche. Je compare tous ces outils dans le guide sur les alternatives à Notion.

Si tu ne dois garder que deux étapes, garde la 1 et la 5 : un seul endroit pour écrire, et une relecture par semaine pour rattraper ce qui t'a échappé.

Après le brain dump, le tri

À chaque ligne, une seule question : qu'est-ce que j'en fais ? Dans le guide sur le tri après un brain dump, je trie une page entière de quatorze lignes, y compris celles où on hésite.

Et Clair dans tout ça ?

Clair, l'app iOS que je développe, s'occupe d'une partie de ce tri. Tu écris ta page en vrac, sans titre ni dossier, et l'app la découpe en notes séparées, avec des tags, rangées par date. Si un tag ne va pas, tu le retires. Pour le reste, c'est toi qui décides quoi faire de chaque note.

Questions fréquentes

Quelle différence avec un journal intime ?

Dans un journal, tu racontes ta journée et ce que tu as ressenti, avec des phrases. Un brain dump ressemble plus à une liste en vrac des choses qui te trottent dans la tête, pour en faire quelque chose ensuite. Tu peux très bien faire les deux dans le même carnet.

Brain dump sur papier ou sur téléphone ?

Les deux marchent. Sur papier, tu écris tout de suite ; sur téléphone, tu peux retrouver une note en la cherchant. Choisis-en un seul et tiens-t'y, c'est l'étape 1.

Faut-il faire un brain dump tous les jours ?

Non. Certains en font un seulement quand leur tête déborde, d'autres tous les soirs par habitude. Par contre, relis tes notes une fois par semaine, sinon elles s'accumulent sans que tu y reviennes.

Le brain dump aide-t-il quand on a un TDAH ?

Je n'ai trouvé aucune étude sur le brain dump chez des personnes avec un TDAH. On sait par contre que chez l'adulte avec un TDAH, la mémoire de travail est en moyenne plus limitée, et que noter une info évite d'avoir à la retenir. Pour un diagnostic ou un suivi, vois avec un professionnel de santé.

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À lire aussi

Sources

  1. Cowan, N. (2001). The magical number 4 in short-term memory: A reconsideration of mental storage capacity. Behavioral and Brain Sciences, 24(1), 87-114. La mémoire à court terme tient en moyenne autour de quatre éléments à la fois, pas sept.
  2. Masicampo, E. J. & Baumeister, R. F. (2011). Consider it done! Plan making can eliminate the cognitive effects of unfulfilled goals. Journal of Personality and Social Psychology, 101(4), 667-683. Les buts non réglés provoquent des pensées intrusives pendant une autre tâche ; formuler un plan précis fait disparaître ces effets.
  3. Zeigarnik, B. (1927). Das Behalten erledigter und unerledigter Handlungen. Psychologische Forschung, 9, 1-85. L'expérience d'origine : les tâches interrompues seraient mieux retenues que les tâches terminées.
  4. MacLeod, C. M. (2020). Zeigarnik and von Restorff: The memory effects and the stories behind them. Memory & Cognition, 48, 1073-1088. Retour historique et état des lieux : l'avantage de mémoire décrit par Zeigarnik s'est révélé difficile à reproduire.
  5. Ghibellini, R. & Meier, B. (2025). Interruption, recall and resumption: a meta-analysis of the Zeigarnik and Ovsiankina effects. Humanities and Social Sciences Communications. Méta-analyse : aucun avantage de mémoire pour les tâches inachevées, mais une tendance générale à vouloir les reprendre (effet Ovsiankina).
  6. Frattaroli, J. (2006). Experimental disclosure and its moderators: A meta-analysis. Psychological Bulletin, 132(6), 823-865. 146 études randomisées : écrire sur ce qu'on vit a un effet positif, mais petit (r = 0,075).
  7. Risko, E. F. & Gilbert, S. J. (2016). Cognitive Offloading. Trends in Cognitive Sciences, 20(9), 676-688. Revue sur le « délestage cognitif » : utiliser le monde extérieur (écrire, programmer un rappel) pour alléger ce que la mémoire doit porter.
  8. Alderson, R. M., Kasper, L. J., Hudec, K. L. & Patros, C. H. G. (2013). Attention-deficit/hyperactivity disorder (ADHD) and working memory in adults: A meta-analytic review. Neuropsychology, 27(3), 287-302. 38 études : chez l'adulte avec un TDAH, la mémoire de travail est en moyenne plus limitée, avec des écarts d'ampleur modérée.